Nous, observateurs attentifs du monde !

Il y a 2 milliards d’années lorsqu’un arbre tombait, faisait-il du bruit si personne n’était là pour l’entendre ? Le bruit est-il né en même temps que les oreilles ? Les oreilles sont-elles nées pour qu’existe le bruit ?
Mon regard fait-il exister ce que je regarde enfin ?
Lorsque je marche dans la ville, j’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de petites sauvages qui me saluent à l’angle du bitume.
Quand je vois la beauté de la fleur rose de l’épilobe je m’émeus, et plus tard, quand sa gousse s’ouvre, laissant apparaître des graines soutenues par de longues plumes fines dans un ordonnancement d’une beauté incroyable, j’attends qu’elle s’envolent au vent ! Je les rate toujours ! Est-il bien vrai qu’elles s’envolent ?

Avec les sorties Belles de bitume nous nous inclinons vers le sol, observons les adventices, les admirons, les remercions d’exister et nommons de leur nom populaire et aimant nos petites sauvages, ces herbes folles, nos herbes libres !
Qu’est ce qui nous lie les plantes et nous ?
Est-il vraiment démontré que le végétal est apparu avant l’animal ? De quelle race de mousse ou de paramécie suis-je la descendante ? Suis-je là pour voir ou pour être vue ?
Laurent Huguelit, chamane, a écrit que la terre est un sanctuaire, l’homme en est le gardien ; dans une de ses chansons Moustaki chante « il y avait un jardin qu’on appelait la terre… ».
Oui, je crois que la terre est un jardin et je m’émerveille de ses beautés, je crois aussi que nous en sommes les jardiniers et parfois, dans mes rêves, je me dis que notre rencontre avec le monde donne son sens au monde et à nous-même, donc que nous existons pour faire exister le monde.
Et nommer le monde c’est le faire exister !
Enfin, moi, je crois ça !

 

Photo 1 : le nom du PISSENLIT en français et en breton © David
Photo
2 :  le nom du PISSENLIT en japonais © Yves Quersin
Photo 3   la graine d’ÉPILOBE © Frédérique Soulard

Prendre conscience de…

… ÊTRE ATTENTIFS À CHACUN DES MOTS QUE NOUS PRONONÇONS, avoir une parole impeccable !
Mauvaises Herbes, mauvaises Graines…
Celles qui ne sont pas comme on voudrait, celles qu’on ne maitrise pas…
Moi, aussi je disais « mauvaises herbes » car, on répète ce qu’on a appris et de nos bouches sortent des mots dont nous ne sommes pas conscients tant que nous n’en prenons pas conscience ! Et après, on se dit « mais qu’est-ce que je dis ? ». Et nous changeons de vocabulaire, d’expressions et d’opinion. mais il nous faut du temps pour trouver notre liberté de choix, de regard et de mots.
Depuis j’ai changé, je ne dis plus mauvais, je ne juge plus… Je dis les petites sauvages, je les appelle les adventices ou même les simples quand elle sont médicinales, je dis parfois herbes folles avec tendresse, je dis des choses que je CHOISIS !

Photos prises dans « ma » ruelle – © Frédérique Soulard
En Mai 2018 et 2019 : La ruine de Rome. Superbe. Une si belle herbe folle qui, après toutes ces années de recherche dessine un coeur vivant dans la faille de l’enduit gris qui délivre la pierre.
Automne 2018 et 2019 : La ruine de Rome traitée par le voisin à l’eau de javel. Oh la mauvaise herbe !
Mai 2020 : elle ne repousse plus… La mort !
J’ai pourtant vu qu’il n’était pas sorti, le vilain voisin, à l’heure du coronavirus car les autres herbes prospèrent, mais celle là, il l’a tuée (à vie !)
Je suis triste, mais je sais que la Ruine de Rome reviendra, un jour, et « le voisin à l’eau de javel » sera mort, et c’est elle qui gagnera comme son nom « ruine de Rome » l’indique ! Et toc !

Mon petit jardin

 

Dans mon petit jardin (moins de 100 m2), je laisse pousser les plantes qui viennent seules : tanaisie (Hum, le parfum !), camomille, millepertuis (j’en mets dans l’huile)… je les contemple longuement. J’en taille certaines : la chélidoine (comme un massif ! ), je fais attention à la vergerette ou la Sétaire verticillée (il y en a partout), l’oxalis (deux sortes d’oxalis), la pariétaire (attention les allergiques !).
J’en conserve quand même au moins une de chaque.
J’ai aussi rapporté de la consoude, de la verveine, de l’angélique (un seul pied de chaque – dans un si petit jardin !). Des framboisiers, une angélique, des lys, des jacinthes sauvages, de l’aspérule…
Les marguerites ramenées n’ont pas tenu, l’ail des ours et les jonquilles non plus. C’est comme nous, elles ne sont pas bien partout !
Certaines d’entre elles sont des PLANTES MÉDICINALES (des simples).
Chaque matin je le traverse d’un bout à l’autre et je converse avec les plantes.
Je coupe, je taille… un peu !
J’ai des relations affectives avec les plantes.
Et je fais pipi sur mon minuscule gazon !
J’apprends à apprécier les plantes fanées, flétries, les tons bruns et beiges, les couleurs passées et « pas comme il faut » !
Et je les nomme ! Elles ont un nom, une fonction, une présence, une existence : UNE VIE !

J’ai aussi un vieux camélia (vieux est un adjectif noble pour un arbre – pour nous aussi
d’ailleurs !), un pêcher, une vigne, un rosier et des bambous ainsi que d’autres arbustes dont je ne connais pas le nom !
Nos balcons et nos jardins sont de mini arches de Noé… et nos trottoirs aussi.
Ils racontent la vie ! Notre vie…
FLOWER POWER disait-on ! Il serait temps que nous nous y appliquions à chaque instant !

J’ai retrouvé le même esprit dans un roman : « Le peintre à l’éventail » de H. Hadad : « Chaque coup de cisaille devait être un acte conscient, en rapport avec les mille pousses et rejets, dans l’héritage des lunaisons et la confiance des soleils. Un jardin rassemblant la nature entière, le haut et le bas, les contrastes et ses lointaines perspectives ; on y corrigeait à des fins exclusives comme par compensation, les erreurs manifestes des hommes, avec le souci de ne rien tronquer du sentiment natif des plantes et des éléments. »

Il me semble que c’est ce que propose Eric Lenoir avec son jardin PUNK !
Il me semble que c’est ce que racontent Mélanie Lavigne, Nancie Renaut, et tant d’autres
qui vivent dans ce monde, sur ce merveilleux jardin qu’est la terre !

Photos de mon petit jardin. Le prolongement de la végétation côté rue : plantes sur mon trottoir devant ma maison arrivées seules et NOMMÉES !

Le diplôme d’herboriste de Grand-Mère

© Frédérique Soulard

Grand mère avait obtenu son diplôme d’herboriste le 24 juillet 1939.
En 1941, le régime de Pétain, supprimait le diplôme d’herboriste et créait l’ordre des pharmaciens et celui des médecins.
La société de l’époque croyait en la grande avancée de la science, voulait en finir avec le passé, en finir avec dame nature qui avait toujours harcelé l’homme de ses caprices.
J’ai appris depuis, que la médecine étant toujours du côté du pouvoir, ce diplôme d’herboriste avait été créé en 1778, chapeauté par les apothicaires, afin que le « pouvoir » contrôle les pratiques médicales. Avant tous ces diplômes il y avait les guérisseuses, les rebouteux, les sourciers et les sorcières, les chamanes… Ils et elles sont encore là, mais la sécurité sociale les ignore et le pouvoir les… les quoi au fait ? Les brûle ?

Les simples (ces plantes qui soignent) faisaient partie de la vie quotidienne et ces herboristes combinaient souvent deux commerces : herboristes/droguistes, herboristes/quincailliers, herboristes/parfumeurs.
C’était ce double commerce d’herboriste/parfumeur que tenaient nos grands parents.
Au 30 de la Rue Léon Jamin à Nantes, grand père organisait une vitrine de tissus de doublure brillants pour présenter à ses clientes parfums et maquillages. Tout le long du grand couloir, les tiroirs de bois exhalaient le parfum des plantes. L’époque était au travail et outre les poudres de riz dont ces dames tamponnaient leurs pommettes pour en atténuer la brillance, nos grands-parents avaient ajouté à leur commerce, la pesée des bébés, celle des clients ainsi que les gaines et les soutiens-gorge que grand-mère faisait essayer à ses clientes dans l’arrière boutique. Les bonbons au miel et aux bourgeons de pin étaient enfermés dans les hauts bocaux de métal un peu rouillés à l’entrée du petit couloir avec d’autres éléments de la vie quotidienne qui allaient du peigne miracle avec lames de rasoir incorporées pour tailler les cheveux, aux sparadraps pour les cors aux pieds en passant par la gomme arabique ou l’acide citrique.

Les herboristes ont créé un syndicat. Ils ont essayé de sauver le diplôme. Je me souviens, de moi, petite fille, participant à l’un des repas organisé au restaurant par le syndicat des herboristes où ces commerçants de l’ouest se retrouvaient une fois par an pour partager un bar au beurre blanc.
Grand mère, comme les autres herboristes, a continué d’exercer. Peu à peu les herboristes ont pris leur retraite et les herboristeries ont fermé. Même grand-père a été fatigué de travailler mais grand-mère, une des dernières herboristes de France, a quand même continué à travailler dans sa boutique jusqu’à ses 84 ans (fin des années 1990) avec une, puis deux, puis trois de ses petites filles et puis avec sa belle fille. Une affaire de femmes !… Même si notre cousin Laurent est parfois venu nous soutenir…

 

Dans l’herboristerie de grand-mère

Les plantes médicinales c’est quoi ? C’est la poésie des tiroirs.
Ce sont les mêmes plantes qui soignent et qui parfument, qui calment et qui colorent…
Lorsqu’il a envie de savoir, le client demande et c’est avec plaisir qu’on ouvre les tiroirs les uns après les autres juste pour lui montrer…, lui montrer des fleurs, des feuilles, des tiges, des racines, des semences dont chacune a sa couleur, sa texture, son odeur : le vert sombre et bleuté de l’aspérule dont la délicate feuille séchée bruisse contre ma main en laissant s’échapper une odeur de foin ; la transparence jaune du tilleul, la vivacité éclatante jaune orangé des fleurs de souci,…

Il y a ici de quoi se soigner, de quoi se laver les cheveux (je me souviens de la mode du bois de panama puis de l’arrivée du ghassoul), de quoi épicer ses plats avec des mélanges faits au magasin (je les réduisais en poudre dans un moulin à café – les poudres d’épices étaient fraîches !), de quoi faire des teintures, de quoi faire des caillebottes (vous connaissez la recette du lait pris avec la chardonette que l’on mangeait au dessert ?),…
Une tisane pour le soir au goût facile et dont l’odeur plaira à tous, c’est la verveine !
Une tisane au goût fleuri mais presque transparent, au parfum de lumière, c’est le tilleul !
Une tisane qui “décoiffe”, notre mélange « longue vie » aux parfums exotiques !

C’est une magie de mots : du plus savant, le nom latin, aux plus « populaires ». Et il y en a des noms populaires ! Chaque région a nommé la plante, comme on nomme un enfant, lui attribuant un nom imagé et évocateur, un nom qui ressemble à la plante, comme si la plante avait commencé par se nommer elle même !
Le cierge de notre dame, la bourse à pasteur, la monnaie du pape, l’amour en cage, l’herbe à robert, la ballote puante,…

Tout mélangé et tout mêlé, la vie, la maladie, les petits et les grands plaisirs !
de quoi épicer la vie et y reprendre goût un peu plus loin que la maladie

« Mais dites-moi, est-ce que tout peut se soigner par les plantes médicinales ? Comment soigner nos maux, nos doutes, nos aveuglements, nos croyances ? Est-ce que les simples et leurs couleurs, leurs odeurs leurs principes actifs et leurs noms soignent ?
Je ne sais pas.
Ce que je sais, c’est que lorsque je rencontre des gens qui ont connu l’herboristerie, ils en parlent tous avec un sourire aux lèvres.