Parler, conter, écrire, nommer

Avec Belles de Bitume nous reconnaissons la plante et son nom. C’est un hommage aux plantes, un hommage à l’imagination populaire, un hommage à la langue, un hommage à nos ancêtres qui on les ont observées et qui ont avec humour donné leurs noms vernaculaires (« locaux») à des plantes – le nombril de vénus (à cause du petit creux au milieu de sa feuille tendre)- le cabaret aux oiseaux (les oiseaux peuvent boire au creux des feuilles) – la dent de lion (car les feuilles sont découpées)- orge des rats (ancêtre de nos céréales)- la bourse à pasteur (leurs fruits ressemblent à des bourses – on pourrait dire aussi un cœur). Chaque plante a un nom latin et un seul qui lui, permet aux botanistes de se comprendre tout autour de la planète, mais dans ce projet Belles de Bitume, nous nous intéressons aux noms populaires et imagés.

Photos de Yves Quersin et Frédérique Soulard. Dessin de Frédéric Guionnet

Le temps d’une vie

Cela fait quarante ans que je sais que les ARBRES communiquent entre eux (série télévisée de Jean Marie Pelt sur les plantes en 1980). Mais je ne savais pas ! Je pleure, comme Idéfix (merci Goscinny) chaque fois qu’un arbre est abattu. Mais je suis encore ignorante. Cela fait quarante ans que je m’applique à apprendre le nom des plantes et leurs propriétés médicinales.J’apprenais sans savoir. Il y a trente ans, j’entendais la musique des arbres des forêts et songeais que c’était là que les musiciens entendaient les symphonies qu’ils écrivaient ensuite. Mais je n’y croyais pas vraiment. À l’époque j’écrivais qu’il y a cinq races sur la terre : les noirs, les blancs, les jaunes, les rouges et la race des grands arbres VERTS. Et je ne savais toujours pas.Il y a vingt cinq ans, j’ai écrit cette histoire entre la forêt et les mots : « la forêt des arbres mots », ainsi qu’un spectacle sur Yggdrasil, le grand arbre cosmique et la mythologie des arbres. Déjà, j’invite le public, qui s’exécute timidement, à enlacer les arbres et je rêve de voir les grands arbres à l’Ouest des États Unis. Mais cela m’échappait quand même ! De retour à la ville en 2001, j’ai regardé avec incompréhension ce bitume qui recouvrait l’humus du sol d’une chape noire et épaisse comme la mort et j’ai aimé voir que les herbes folles y poussaient quand même. C’est là dessus, là dedans, au cœur de cette folie humaine destructrice dans ce foisonnement de plantes et de mots, que j’ai inventé d’écrire le nom des petites adventices sur le bitume. Je les ai appelées les BELLES DE BITUME. Depuis, je continue à apprendre.Je ne sais toujours pas, mais, il me semble que je commence à entrevoir. Je crois que je ne suis pas la seule et nos consciences s’éveillent dans ce partage.Je crois que c’est vert… et pas que !

PHOTOS DE © Frédérique Soulard, du séquoia, l’arbre le plus grand du monde aux petites « sauvages » qui résistent le long de nos trottoirs : Séquoia du parc de la Gaudinière à Nantes – Belles de Bitume à Nantes pendant l’altertour 2019

Vite, vite… il est encore temps

Étonnez vous, laissez vous surprendre, changez de point de vue, changez de paradigme, ouvrez vos esgourdes à des dimensions plus subtiles, décillez votre regard.
Vite, vite… il en est encore temps.
Lisez ce beau livre de Laurent Huguelit « Mère » chez Mama Editions qui transcrit les enseignements de la forêt amazonienne.
Allez au Festival International de la Musique des Plantes – FIMP – en Aout écouter les plantes jouer avec les chanteurs ou musiciens ((mais oui !).
Mais oui, les plantes sont des êtres vivants.
Mais oui, la planète est vivante.
Mais oui les arbres communiquent les uns avec les autres.
Mais oui, le ciel au dessus de nos têtes est bien là et la lune a une action même sur la montée de sève dans les arbres.
Mais oui tout est lié, même chacune de vos pensées avec les fleurs du même nom !

Cessons de critiquer, de déprimer, d’être apocalyptiques (même si c’est apocalyptique) et tournons nous vers le vivant, un vivant qui étonne et qui surprend.
Réinstallons l’homme à sa place sur la terre comme enfant d’une terre vivante (ce n’est pas une image mais une réalité : notre matière est bien la même que celle de la terre) et proche du vivant ((je ne parle pas d’animaux domestiques), et du végétal.
Apprendre c’est sympa, sentir c’est quand même plus profond !
Lorsque je circule en contant et nommant les Belles de bitume, ce n’est pas un acte pédagogique (même si cela plait à certains), c’est un acte poétique qui nous invite à revenir sans cesse à nous-mêmes et au vivant.
La sylvothérapie est à la mode. Il était temps. Mais ce n’est pas de la thérapie. C’est simplement normal de prendre un arbre dans ses bras et de suspendre un peu le temps, comme en méditation pour entrer en écoute, en contact.
Laisser vous surprendre, étonnez vous, changez de paradigme !
La terre est un sanctuaire l’homme en est le gardien. (C’est La forêt amazonienne par les mots de Laurent Huguelit qui le dit !).
#letempsestvenu. Soyons poètes à l’écoute et visionnaires

Si vous êtes un peu attentif à l’oiseau qui chante, la fleur qui pousse, le papillon qui vole, l’enfant qui vous sourit, l’ami qui vous tend la main (même pour un simple bonjour), vous sentirez que La terre est un jardin et le paradis c’est MAINTENANT et ICI !

Photos : J’adore le nom « Ruine de Rome » !
Notre première photo de notre première sortie Belles de Bitume au printemps 2014 quartier Chantenay à Nantes. Photo © Yves Quersin.
Photo prise à la Meta de Bellevue, spectacle pour les enfants. © Catherine Michau.