La botanique

Texte en lot de consolation pour tous ceux qui se disent désolés de ne pas retenir le nom des plantes alors qu’ils aimeraient bien être « comme » des « vrais » botanistes ! Je crois que la botanique est pour les botanistes, et que si vous-même oubliez systématiquement le nom des plantes, c’est que vous avez autre chose à vivre, à faire, à apprendre à partager… Chacun sa mission !Connaître le nom des plantes « dans l’ordre », les étiqueter ou écrire leur nom sur le sol de façon méthodique est une pédagogie du trottoir (pour reprendre le titre d’une BD de Boucq) et ce n’est pas la poétique du trottoir de Belles de bitume : La poétique du trottoir révèle le bitume qui devient le lieu où se rebellent les plantes et où se révèle leur nom, un trottoir affectif comme un tableau noir d’écolier dont nous prenons conscience qu’il est notre propriété de piétons de citoyens et de citadins. La rue est à nous. On marche chez nous, on marche sur notre planète ! Nous prenons possession de notre espace public parce que le public c’est nous. Et nous aimons nos pas, nos trottoirs, les plantes et leurs noms ainsi que ceux avec qui nous les partageons.
Cette triangulaire entre le nom, les plantes, et les gens, c’est ça qui me plait. La poésie, la rébellion, la beauté, le lien.
Le nom des plantes est un mystère. Continuez, continuons à chercher, apprendre, et malgré les échecs appliquons nous encore, et dites vous que, si vous n’avez pas l’esprit botaniste, c’est que vous vous déployez ailleurs, et justement dans cet espace vide où le nom vous échappe !

Le chuchotement de la nature

Colette écrit : « Tous, nous tressaillons lorsqu’une rose, en se défaisant dans une chambre tiède, abandonne un de ses pétales en conque, l’envoie voguer, reflété, sur un marbre lisse. Le son de sa chute, très bas, distinct, est come une syllabe du silence et suffit à émouvoir un poète. » – Nouvelle « Flore et Pomone ». Nous vivons une époque de bruit et de fureur. Si notre confort actuel se paye du bruit des moteurs de voiture et d’avions, du frottement des pneus sur l’asphalte, du bourdonnement des usines, je trouve que nous abusons avec ces climatisations vrombissantes, ces vmc obsédantes, les manifestations agitées de sonneries, de sonnettes de bips et de vibreurs, et ces moteurs qui demeurent allumés à l’arrêt. C’est jusqu’au poétique balayeur du matin qui plutôt que de les balayer les feuilles en silence, tout à ses songes, souffle à grands vrombissement de son aspirateur inversé les feuilles en avant. Nous ne posons pas de limites à notre tapage. Nous restreignons l’espace pour nos rêveries. Colette – « Flore et Pomone » : « Parlez moi du soupir victorieux des iris au travail de l’arum qui grince en déroulant son cornet, du gros pavot écarlate qui force ses sépales verts un peu poilus avec un petit « cloc » puis se hâte d’étirer sa soie rouge sous la poussée de la capsule porte-graines, chevelue d’étamines bleues. Le fuchsia non plus n’est pas muet. Son bouton rougeaud ne divise pas ses quatre contrevents, ne les relève pas en cornes de pagode sans un léger claquement de lèvres, après quoi il libère, blanc, rose ou violet, sont charmant juponnage froissé… Devant lui devant l’ipomée, comment ne pas évoquer d’autres naissances, le grand fracas insaisissable de la chrysalide rompue, l’aile humide et ployée, la première patte qui tâte un monde inconnu, l’œil féérique dont les facettes reçoivent le choc de la première image terrestre ? « Je connais en moi ces murmures délicats de la vie qui se déploie, mais j’ai le sentiment qu’ils s’éloignent de moi tant notre tapage résonne longtemps en moi et efface par son obsédante présence le chant de la nature.Chuuuuuut. Faisons silence un instant pour écouter la note délicate de la pétale séchée qui, se désolidarisant de sa fleur, tombe sur la table… Chuuuuut !

PHOTO : de © Philippe Chevrinais Belles de Bitume (avec Frédérique Soulard) et revers graph avec P. Chevrinais au festival de street art de Carhaix de « La fourmi-e ». Le délicat nom des plantes écrit au milieu d’une dentelle sur la pierre.