L’ère moderne

EXTRAIT
« La nouvelle ère, l’ère moderne sera celle de L’HOMME IMPATIENT. Et toute inaptitude à l’impatience sera la marque d’une tare. Dans le vieux monde les choses arrivaient à temps, dans le nouveau monde elles arriveront l’heure. Seront des hommes réels tous ceux qui seront ponctuels dans le même temps présent. Tous les autres seront des hommes imaginaires, peuplade, protonation, ethnies, enclave dans l’humanité. ».
Kossi Efoui – Roman « Cantique de l’acacia ».

Je me souviens que l’on disait : « à bientôt », maintenant, on me dit « à très vite »… et ça me stresse !
Histoire : J’étais en voiture sur un boulevard, dans mon rétroviseur un scooter montait à vive allure. Je roule lentement afin de le laisser me doubler soit par la gauche soit par la droite. Inutile de se presser d’autant que le feu là haut est au rouge. À l’instant où l’homme me double, il hurle par ma vitre : « la vitesse c’est 50 pas 30 ! ». Waouf ! Il est arrêté au feu plus haut (bien sûr). Arrivée à sa hauteur je lui dirai simplement que j’étais lente afin qu’il me double plus aisément. Mais déjà, il redémarre, coupe la route par l’autre côté, se gare sur le trottoir. Trop loin pour que je lui parle d’humain à humain plutôt que d’empressement à… quoi d’ailleurs… qu’étais-je pour lui ?

Photo : le temps qu’il faut pour que ça pousse… Le temps qu’il faut pour observer les plantes. Le temps qu’il faut pour apprendre leur nom. Le temps qu’il faut pour inscrire leur nom… le temps…

BAL Boîte à lettres

Sur toutes les boites à lettres en bas à droite sur le côté il y a la DATE de naissance de la dite boîte qui fut fabriquée à NANTES. Dans votre quartier, votre ville, en voyage, observez les bien. Certaines sont nées la même année que vous. Elles sont, par cette date reliées à l’histoire de chacun et à l’histoire du monde. Elles disparaissent rapidement : la poste les supprime. Je les observe depuis 25 ans. Je les photographie depuis dix ans ! J’en ai une belle collection.

BAL Boites à lettres26 février 2015 

Ces photos c’est mon amie Véronique qui les a prises à Sorloc, Mesquer. La boite à lettres date de 1956.
EN 1956, L’hiver est particulièrement rude dans le sud de la France, on mesure des températures allant jusqu’à −30 °C. Seul un tiers des oliviers survivront ; la plupart des moulins à huile ferment. C’est la première photo de cette page face book BAL Boites à Lettres et c’est l’année de ma naissance.

J’ai ouvert il y a 6 ans la page FB : « BAL Boites à lettres ». Allez y faire un tour ! Si vous voulez participer… observez, prenez vos photos … et après nous les publierons !

Il faut de tout pour faire un monde…

Il faut de tout pour faire un monde. Des botanistes, des botaneuses, des poètes, des pucerons dans les fèves et des papous dans la tête !Il faut de tout pour faire un monde. Des herbes folles et des gens qui les nomment, des herbes cultivées et des jardiniers qui les sèment, des mots déposés sur des feuilles qui volent au vent d’automne et qui doucement se posent au pieds des enfants émerveillés et de leurs parents étonnés qui le soir leur liront une histoire de feuilles au vent.Il nous faut raconter que l’homme est relié à la nature et pour cela nous avons besoins des gens qui racontent, des associations qui organisent ce travail de terrain, des universitaires dans la recherche, et des sous… Oui, des sous pour ce temps passé. Je ne sais pas si les banques s’intéressent à nous. Pourtant, nous aimerions ré-enchanter le monde et même ré-enchanter les banquiers… en chantant et en contant librement ! PHOTO 2 : Pissenlit. PHOTO 1 : Pariétaire et son nom, bitume et pisse de chien…. Il faut de tout !

LA BEAUTÉ

LA BEAUTÉ : C’est quand, c’est où ? Bien sûr il y a les visions du cosmos et les aurores boréales, bien sûr il y a le beauté d’un ballet et celle d’une symphonie, bien sûr il y a des pyramides et des grands secrets dans le monde… Mais il suffit aussi de s’incliner sur le trottoir de sa rue à l’angle du bitume et du béton. On raconte parfois que cette beauté là mériterait à défaut de traitement phytosanitaire d’être passée par les flammes car cela ferait sale ou négligé ! Quelle drôle d’idée !Photo : Sous mes fenêtres. Photos et inscriptions par mes soins. Plantes venues seules – sauf le calendula je crois – .La nature ne nous a pas attendus pour s’inventer belle.

Peut être une image de plein air

La botanique

Texte en lot de consolation pour tous ceux qui se disent désolés de ne pas retenir le nom des plantes alors qu’ils aimeraient bien être « comme » des « vrais » botanistes ! Je crois que la botanique est pour les botanistes, et que si vous-même oubliez systématiquement le nom des plantes, c’est que vous avez autre chose à vivre, à faire, à apprendre à partager… Chacun sa mission !Connaître le nom des plantes « dans l’ordre », les étiqueter ou écrire leur nom sur le sol de façon méthodique est une pédagogie du trottoir (pour reprendre le titre d’une BD de Boucq) et ce n’est pas la poétique du trottoir de Belles de bitume : La poétique du trottoir révèle le bitume qui devient le lieu où se rebellent les plantes et où se révèle leur nom, un trottoir affectif comme un tableau noir d’écolier dont nous prenons conscience qu’il est notre propriété de piétons de citoyens et de citadins. La rue est à nous. On marche chez nous, on marche sur notre planète ! Nous prenons possession de notre espace public parce que le public c’est nous. Et nous aimons nos pas, nos trottoirs, les plantes et leurs noms ainsi que ceux avec qui nous les partageons.
Cette triangulaire entre le nom, les plantes, et les gens, c’est ça qui me plait. La poésie, la rébellion, la beauté, le lien.
Le nom des plantes est un mystère. Continuez, continuons à chercher, apprendre, et malgré les échecs appliquons nous encore, et dites vous que, si vous n’avez pas l’esprit botaniste, c’est que vous vous déployez ailleurs, et justement dans cet espace vide où le nom vous échappe !

Le chuchotement de la nature

Colette écrit : « Tous, nous tressaillons lorsqu’une rose, en se défaisant dans une chambre tiède, abandonne un de ses pétales en conque, l’envoie voguer, reflété, sur un marbre lisse. Le son de sa chute, très bas, distinct, est come une syllabe du silence et suffit à émouvoir un poète. » – Nouvelle « Flore et Pomone ». Nous vivons une époque de bruit et de fureur. Si notre confort actuel se paye du bruit des moteurs de voiture et d’avions, du frottement des pneus sur l’asphalte, du bourdonnement des usines, je trouve que nous abusons avec ces climatisations vrombissantes, ces vmc obsédantes, les manifestations agitées de sonneries, de sonnettes de bips et de vibreurs, et ces moteurs qui demeurent allumés à l’arrêt. C’est jusqu’au poétique balayeur du matin qui plutôt que de les balayer les feuilles en silence, tout à ses songes, souffle à grands vrombissement de son aspirateur inversé les feuilles en avant. Nous ne posons pas de limites à notre tapage. Nous restreignons l’espace pour nos rêveries. Colette – « Flore et Pomone » : « Parlez moi du soupir victorieux des iris au travail de l’arum qui grince en déroulant son cornet, du gros pavot écarlate qui force ses sépales verts un peu poilus avec un petit « cloc » puis se hâte d’étirer sa soie rouge sous la poussée de la capsule porte-graines, chevelue d’étamines bleues. Le fuchsia non plus n’est pas muet. Son bouton rougeaud ne divise pas ses quatre contrevents, ne les relève pas en cornes de pagode sans un léger claquement de lèvres, après quoi il libère, blanc, rose ou violet, sont charmant juponnage froissé… Devant lui devant l’ipomée, comment ne pas évoquer d’autres naissances, le grand fracas insaisissable de la chrysalide rompue, l’aile humide et ployée, la première patte qui tâte un monde inconnu, l’œil féérique dont les facettes reçoivent le choc de la première image terrestre ? « Je connais en moi ces murmures délicats de la vie qui se déploie, mais j’ai le sentiment qu’ils s’éloignent de moi tant notre tapage résonne longtemps en moi et efface par son obsédante présence le chant de la nature.Chuuuuuut. Faisons silence un instant pour écouter la note délicate de la pétale séchée qui, se désolidarisant de sa fleur, tombe sur la table… Chuuuuut !

PHOTO : de © Philippe Chevrinais Belles de Bitume (avec Frédérique Soulard) et revers graph avec P. Chevrinais au festival de street art de Carhaix de « La fourmi-e ». Le délicat nom des plantes écrit au milieu d’une dentelle sur la pierre.

Le méchant Datura !

Il n’y a pas un jour sans que que l’on ne maltraite le datura sur les pages F.B. dédiées aux plantes : à arracher / toxique / dangereuse / Très hallucinogène et surtout mortelle. Je me demande si « très hallucinogène » est du même registre que « plus blanc que blanc » ? Je pense que la cigüe (et bien d’autres – toutes celles du tableau A), est plus dangereuse que le datura mais le datura est un super mouton noir ! À part qu’elle soit un psychotrope puissant, qu’en sait-on ? Sa belle fleur a un parfum envoutant. Elle est annuelle mais la racine reste, grossit et la plante prend vigueur au printemps. On peut arracher ses pousses au printemps car elle est assez invasive. Les abeilles raffolent du nectar et cela ne porte pas préjudice à la qualité de leur miel. »Le datura stramoine ou stramoine officinal (Datura stramonium L.) est une plante de la famille des Solanacées. Elle a été utilisée comme plante médicinale pour ses effets antispasmodiques et sédatifs du système nerveux central, préconisée contre l’asthme et les névralgies. »Mais ce n’est pas tout, en homéopathie : « La qualité dominante de l’action de Stramonium est la VIOLENCE. « Voilà… C’est intéressant. C’est comme si, la violence qu’elle peut soigner à doses homéopathiques générait chez ceux qui ne l’ont pas encore prise (bon allez je blague un peu !) la violence qu’elle pourrait soigner. Dire « Argh ! arracher le datura qui fait peur ! » est une proposition d’acte de violence que pourrait soulager la prise d’une petite granule de datura. Et hop ! Sur les pages qui s’intéressent au végétal pacifique et à la permaculture paisible et où grouille et grenouille beaucoup de rage et de colère, chacun ayant ses granules de datura à portée de main, dès qu’il verrait le mot « datura » avant que la colère ne lui monte au nez : hop, deux granules. Et tout le monde se parlerait gentiment. Bonne idée ! On pourrait généraliser ça pour tout F.B. ! Ce serait la paix sur FB, dans nos jardins et sur la terre ! Vive le datura ! C’est bien organisé la vie. Finalement nous faisons sans doute partie de la même planète que le DATURA…

PHOTO : je n’ai même pas de photo de Datura… pas de chance, tout le monde en croise sauf moi ! À la place un bouton de lys.
Ça vous va ?

Les trottoirs de salade

Chaque plante a un nom latin et plusieurs noms populaires selon les régions.Sur ce trottoir : du mouron blanc et de la mâche.
Les deux se mangent en salade. Sur cet autre trottoir duquel ces deux plantes ont disparu en hiver, il nous reste leurs noms.
Le MOURON BLANC s’appelle aussi Morgeline (c’est beau !) ou stellaire intermédiaire soit Stellaria media en latin (étoile). Toujours aussi beau ! Si on regarde sa fleur de près, toute petite, toute blanche, elle est vraiment belle comme une étoile. Si vous regardez attentivement la tige, il y a une rangée de poils en ligne. La tige n’est pas entièrement recouverte. Il s’agit juste d’une ligne.Les oiseaux aiment ses graines. Attention, elle n’est pas de la même famille que le mouron rouge. Elle est de la famille des Œillets (ou Caryophyllacée). Elle fait d’ailleurs partie, au Japon, d’une recette de salade avec 7 plantes. La MACHE elle se nomme aussi DOUCETTE ou Valerianella locusta. Elle est connue, ses feuilles vertes très tendres, de forme spatulée, légèrement charnues sont délicieuses.Sur les bord des trottoirs, il vaut mieux éviter de les ramasser en vue de les manger. À quoi servent-elles alors demandent les uns ? Pour ma part je réponds que je les trouve belles : La poésie verte et vivante se niche, farouche, sauvage, dans tous les angles du bitume. Pour certains ces taches vertes qui ne se mangent même pas ne servent à rien en plus « ça a pas d’allure » et ça fait SALE ! C’est pour ça qu’on les arrache, puisque si ça ne se mange pas, ça ne sert à rien et ça fait sale ! « La stellaria media est sale. » ! Ont été déposées dans nos têtes de drôles d’idées… Je crois que nous devrions parfois/souvent revoir notre vision du monde.

Photos de © Frédérique Soulard. Rues de Nantes. Quartiers ouest.

La Phacélie

Elle a été introduite en Europe au 19e. Elle est très utile en agriculture biologique et en apiculture. La phacélie est un engrais vert reconnu pour sa croissance rapide. La phacélie renouvelle les éléments nutritifs du sol et étouffe les mauvaises herbes y compris le chiendent. La phacélie prépare le sol au potager. C’est une jolie plante au feuillage léger, vert tendre, à la délicate floraison bleue lavande. Elle attire les insectes pollinisateurs. Et vous pouvez la trouver aussi sur le bord de votre trottoir. Songez à l’observer si vous la repérez.

PHOTO 1 : Quartier Chantenay Nantes. Septembre 2018. Sortie Belles de Bitume – Balade des ateliers.
PHOTO 2 : devant chez moi novembre 2020… folle sortie audacieuse sans masque à 20 cm de ma porte ! Je l’ai semée trop tard, je crois que je ne la verrai pas en fleurs.
PHOTO 3 : paysage varié dans un territoire limité de 3 mm entre béton et bitume.

LES INVASIVES dans LA NATURE et les homo sapiens

Nous aimons bien traiter telle ou telle plante d’invasive, tel ou tel animal de prédateur… Mais avant nous, avant l’humain qui analyse, scrute, interroge, y avait-il des invasives ? Les choses s’équilibraient d’elles mêmes. C’est juste une relation au temps. L’invasive passe pour faire place à une autre… Et je ne parle pas des virus… Car les nouveaux virus invasifs ne sont pas projetés sur nous par les animaux sauvages… Comme si soudain une chauve souris, une poule ou un singe trouvaient un virus et le jetaient sur nous… comme ça, d’un coup, par malignité ! Ben Non ! Ce sont nos pratiques qui « appellent » le virus. Nous même, sommes invasifs, nous avons éliminé les néandertaliens et depuis 20 ou 30 000 ans nous sommes tous seuls, pauvres sapiens-sapiens sans copains avec qui échanger il y a 100 000 ans il y avait cinq ou 6 espèces humaines. Espérons que dans les veines de certains d’entre nous s’agitent des chaînes ADN d’autres lointains ancêtres…Et finalement, à partir de quel moment cessons nous, nous-même, de faire partie de la nature ? Nous déséquilibrons la surface de notre planète, … sans doute pour chercher l’équilibre. C’est l’humain. Pas facile d’être un humain ! Toujours à rechercher l’équilibre. C’est la nature – dont nous faisons partie – qui va nous arrêter. Ça va se faire tout seul avec vents et marées contre une volonté humaine par trop autoritairement … invasive ! Car finalement… les invasifs ont leur raison d’être. Nous appartenons à un dessein/destin plus vaste que nous-mêmes !

PHOTOS De Belles de Bitume à l’île d’Oléron avec Pauline de Mars. Question : qui a été, est ou sera invasive ? C’est juste une question de moment…