Il faut de tout pour faire un monde…

Il faut de tout pour faire un monde. Des botanistes, des botaneuses, des poètes, des pucerons dans les fèves et des papous dans la tête !Il faut de tout pour faire un monde. Des herbes folles et des gens qui les nomment, des herbes cultivées et des jardiniers qui les sèment, des mots déposés sur des feuilles qui volent au vent d’automne et qui doucement se posent au pieds des enfants émerveillés et de leurs parents étonnés qui le soir leur liront une histoire de feuilles au vent.Il nous faut raconter que l’homme est relié à la nature et pour cela nous avons besoins des gens qui racontent, des associations qui organisent ce travail de terrain, des universitaires dans la recherche, et des sous… Oui, des sous pour ce temps passé. Je ne sais pas si les banques s’intéressent à nous. Pourtant, nous aimerions ré-enchanter le monde et même ré-enchanter les banquiers… en chantant et en contant librement ! PHOTO 2 : Pissenlit. PHOTO 1 : Pariétaire et son nom, bitume et pisse de chien…. Il faut de tout !

LA BEAUTÉ

LA BEAUTÉ : C’est quand, c’est où ? Bien sûr il y a les visions du cosmos et les aurores boréales, bien sûr il y a le beauté d’un ballet et celle d’une symphonie, bien sûr il y a des pyramides et des grands secrets dans le monde… Mais il suffit aussi de s’incliner sur le trottoir de sa rue à l’angle du bitume et du béton. On raconte parfois que cette beauté là mériterait à défaut de traitement phytosanitaire d’être passée par les flammes car cela ferait sale ou négligé ! Quelle drôle d’idée !Photo : Sous mes fenêtres. Photos et inscriptions par mes soins. Plantes venues seules – sauf le calendula je crois – .La nature ne nous a pas attendus pour s’inventer belle.

Peut être une image de plein air

La botanique

Texte en lot de consolation pour tous ceux qui se disent désolés de ne pas retenir le nom des plantes alors qu’ils aimeraient bien être « comme » des « vrais » botanistes ! Je crois que la botanique est pour les botanistes, et que si vous-même oubliez systématiquement le nom des plantes, c’est que vous avez autre chose à vivre, à faire, à apprendre à partager… Chacun sa mission !Connaître le nom des plantes « dans l’ordre », les étiqueter ou écrire leur nom sur le sol de façon méthodique est une pédagogie du trottoir (pour reprendre le titre d’une BD de Boucq) et ce n’est pas la poétique du trottoir de Belles de bitume : La poétique du trottoir révèle le bitume qui devient le lieu où se rebellent les plantes et où se révèle leur nom, un trottoir affectif comme un tableau noir d’écolier dont nous prenons conscience qu’il est notre propriété de piétons de citoyens et de citadins. La rue est à nous. On marche chez nous, on marche sur notre planète ! Nous prenons possession de notre espace public parce que le public c’est nous. Et nous aimons nos pas, nos trottoirs, les plantes et leurs noms ainsi que ceux avec qui nous les partageons.
Cette triangulaire entre le nom, les plantes, et les gens, c’est ça qui me plait. La poésie, la rébellion, la beauté, le lien.
Le nom des plantes est un mystère. Continuez, continuons à chercher, apprendre, et malgré les échecs appliquons nous encore, et dites vous que, si vous n’avez pas l’esprit botaniste, c’est que vous vous déployez ailleurs, et justement dans cet espace vide où le nom vous échappe !

Le chuchotement de la nature

Colette écrit : « Tous, nous tressaillons lorsqu’une rose, en se défaisant dans une chambre tiède, abandonne un de ses pétales en conque, l’envoie voguer, reflété, sur un marbre lisse. Le son de sa chute, très bas, distinct, est come une syllabe du silence et suffit à émouvoir un poète. » – Nouvelle « Flore et Pomone ». Nous vivons une époque de bruit et de fureur. Si notre confort actuel se paye du bruit des moteurs de voiture et d’avions, du frottement des pneus sur l’asphalte, du bourdonnement des usines, je trouve que nous abusons avec ces climatisations vrombissantes, ces vmc obsédantes, les manifestations agitées de sonneries, de sonnettes de bips et de vibreurs, et ces moteurs qui demeurent allumés à l’arrêt. C’est jusqu’au poétique balayeur du matin qui plutôt que de les balayer les feuilles en silence, tout à ses songes, souffle à grands vrombissement de son aspirateur inversé les feuilles en avant. Nous ne posons pas de limites à notre tapage. Nous restreignons l’espace pour nos rêveries. Colette – « Flore et Pomone » : « Parlez moi du soupir victorieux des iris au travail de l’arum qui grince en déroulant son cornet, du gros pavot écarlate qui force ses sépales verts un peu poilus avec un petit « cloc » puis se hâte d’étirer sa soie rouge sous la poussée de la capsule porte-graines, chevelue d’étamines bleues. Le fuchsia non plus n’est pas muet. Son bouton rougeaud ne divise pas ses quatre contrevents, ne les relève pas en cornes de pagode sans un léger claquement de lèvres, après quoi il libère, blanc, rose ou violet, sont charmant juponnage froissé… Devant lui devant l’ipomée, comment ne pas évoquer d’autres naissances, le grand fracas insaisissable de la chrysalide rompue, l’aile humide et ployée, la première patte qui tâte un monde inconnu, l’œil féérique dont les facettes reçoivent le choc de la première image terrestre ? « Je connais en moi ces murmures délicats de la vie qui se déploie, mais j’ai le sentiment qu’ils s’éloignent de moi tant notre tapage résonne longtemps en moi et efface par son obsédante présence le chant de la nature.Chuuuuuut. Faisons silence un instant pour écouter la note délicate de la pétale séchée qui, se désolidarisant de sa fleur, tombe sur la table… Chuuuuut !

PHOTO : de © Philippe Chevrinais Belles de Bitume (avec Frédérique Soulard) et revers graph avec P. Chevrinais au festival de street art de Carhaix de « La fourmi-e ». Le délicat nom des plantes écrit au milieu d’une dentelle sur la pierre.

Le méchant Datura !

Il n’y a pas un jour sans que que l’on ne maltraite le datura sur les pages F.B. dédiées aux plantes : à arracher / toxique / dangereuse / Très hallucinogène et surtout mortelle. Je me demande si « très hallucinogène » est du même registre que « plus blanc que blanc » ? Je pense que la cigüe (et bien d’autres – toutes celles du tableau A), est plus dangereuse que le datura mais le datura est un super mouton noir ! À part qu’elle soit un psychotrope puissant, qu’en sait-on ? Sa belle fleur a un parfum envoutant. Elle est annuelle mais la racine reste, grossit et la plante prend vigueur au printemps. On peut arracher ses pousses au printemps car elle est assez invasive. Les abeilles raffolent du nectar et cela ne porte pas préjudice à la qualité de leur miel. »Le datura stramoine ou stramoine officinal (Datura stramonium L.) est une plante de la famille des Solanacées. Elle a été utilisée comme plante médicinale pour ses effets antispasmodiques et sédatifs du système nerveux central, préconisée contre l’asthme et les névralgies. »Mais ce n’est pas tout, en homéopathie : « La qualité dominante de l’action de Stramonium est la VIOLENCE. « Voilà… C’est intéressant. C’est comme si, la violence qu’elle peut soigner à doses homéopathiques générait chez ceux qui ne l’ont pas encore prise (bon allez je blague un peu !) la violence qu’elle pourrait soigner. Dire « Argh ! arracher le datura qui fait peur ! » est une proposition d’acte de violence que pourrait soulager la prise d’une petite granule de datura. Et hop ! Sur les pages qui s’intéressent au végétal pacifique et à la permaculture paisible et où grouille et grenouille beaucoup de rage et de colère, chacun ayant ses granules de datura à portée de main, dès qu’il verrait le mot « datura » avant que la colère ne lui monte au nez : hop, deux granules. Et tout le monde se parlerait gentiment. Bonne idée ! On pourrait généraliser ça pour tout F.B. ! Ce serait la paix sur FB, dans nos jardins et sur la terre ! Vive le datura ! C’est bien organisé la vie. Finalement nous faisons sans doute partie de la même planète que le DATURA…

PHOTO : je n’ai même pas de photo de Datura… pas de chance, tout le monde en croise sauf moi ! À la place un bouton de lys.
Ça vous va ?

Les trottoirs de salade

Chaque plante a un nom latin et plusieurs noms populaires selon les régions.Sur ce trottoir : du mouron blanc et de la mâche.
Les deux se mangent en salade. Sur cet autre trottoir duquel ces deux plantes ont disparu en hiver, il nous reste leurs noms.
Le MOURON BLANC s’appelle aussi Morgeline (c’est beau !) ou stellaire intermédiaire soit Stellaria media en latin (étoile). Toujours aussi beau ! Si on regarde sa fleur de près, toute petite, toute blanche, elle est vraiment belle comme une étoile. Si vous regardez attentivement la tige, il y a une rangée de poils en ligne. La tige n’est pas entièrement recouverte. Il s’agit juste d’une ligne.Les oiseaux aiment ses graines. Attention, elle n’est pas de la même famille que le mouron rouge. Elle est de la famille des Œillets (ou Caryophyllacée). Elle fait d’ailleurs partie, au Japon, d’une recette de salade avec 7 plantes. La MACHE elle se nomme aussi DOUCETTE ou Valerianella locusta. Elle est connue, ses feuilles vertes très tendres, de forme spatulée, légèrement charnues sont délicieuses.Sur les bord des trottoirs, il vaut mieux éviter de les ramasser en vue de les manger. À quoi servent-elles alors demandent les uns ? Pour ma part je réponds que je les trouve belles : La poésie verte et vivante se niche, farouche, sauvage, dans tous les angles du bitume. Pour certains ces taches vertes qui ne se mangent même pas ne servent à rien en plus « ça a pas d’allure » et ça fait SALE ! C’est pour ça qu’on les arrache, puisque si ça ne se mange pas, ça ne sert à rien et ça fait sale ! « La stellaria media est sale. » ! Ont été déposées dans nos têtes de drôles d’idées… Je crois que nous devrions parfois/souvent revoir notre vision du monde.

Photos de © Frédérique Soulard. Rues de Nantes. Quartiers ouest.

La Phacélie

Elle a été introduite en Europe au 19e. Elle est très utile en agriculture biologique et en apiculture. La phacélie est un engrais vert reconnu pour sa croissance rapide. La phacélie renouvelle les éléments nutritifs du sol et étouffe les mauvaises herbes y compris le chiendent. La phacélie prépare le sol au potager. C’est une jolie plante au feuillage léger, vert tendre, à la délicate floraison bleue lavande. Elle attire les insectes pollinisateurs. Et vous pouvez la trouver aussi sur le bord de votre trottoir. Songez à l’observer si vous la repérez.

PHOTO 1 : Quartier Chantenay Nantes. Septembre 2018. Sortie Belles de Bitume – Balade des ateliers.
PHOTO 2 : devant chez moi novembre 2020… folle sortie audacieuse sans masque à 20 cm de ma porte ! Je l’ai semée trop tard, je crois que je ne la verrai pas en fleurs.
PHOTO 3 : paysage varié dans un territoire limité de 3 mm entre béton et bitume.

LES INVASIVES dans LA NATURE et les homo sapiens

Nous aimons bien traiter telle ou telle plante d’invasive, tel ou tel animal de prédateur… Mais avant nous, avant l’humain qui analyse, scrute, interroge, y avait-il des invasives ? Les choses s’équilibraient d’elles mêmes. C’est juste une relation au temps. L’invasive passe pour faire place à une autre… Et je ne parle pas des virus… Car les nouveaux virus invasifs ne sont pas projetés sur nous par les animaux sauvages… Comme si soudain une chauve souris, une poule ou un singe trouvaient un virus et le jetaient sur nous… comme ça, d’un coup, par malignité ! Ben Non ! Ce sont nos pratiques qui « appellent » le virus. Nous même, sommes invasifs, nous avons éliminé les néandertaliens et depuis 20 ou 30 000 ans nous sommes tous seuls, pauvres sapiens-sapiens sans copains avec qui échanger il y a 100 000 ans il y avait cinq ou 6 espèces humaines. Espérons que dans les veines de certains d’entre nous s’agitent des chaînes ADN d’autres lointains ancêtres…Et finalement, à partir de quel moment cessons nous, nous-même, de faire partie de la nature ? Nous déséquilibrons la surface de notre planète, … sans doute pour chercher l’équilibre. C’est l’humain. Pas facile d’être un humain ! Toujours à rechercher l’équilibre. C’est la nature – dont nous faisons partie – qui va nous arrêter. Ça va se faire tout seul avec vents et marées contre une volonté humaine par trop autoritairement … invasive ! Car finalement… les invasifs ont leur raison d’être. Nous appartenons à un dessein/destin plus vaste que nous-mêmes !

PHOTOS De Belles de Bitume à l’île d’Oléron avec Pauline de Mars. Question : qui a été, est ou sera invasive ? C’est juste une question de moment…

Le nom des choses

Camus écrit : « Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde ». J’écris sur le sol le nom des adventices. C’est « Belles de Bitume ». C’est l’hiver. Peu à peu la plante disparait et la trace de son nom aussi. Peu à peu. Parfois ce n’est pas au même rythme. Les mots sont simples. Beaux. Ils sont notre participation au monde. Et que fait-on de nous autres, pauvres rêveurs plein d’espérance ? Nos publicités me déchirent la vue dès que je sors de chez moi. Des mots superbes comme vérité et vie sont absorbés par une entité supérieure qui assure : « la vie, la vraie c’est à Auchan », et l’on sort du parking de l’hypermarché qui prétend être « aux champs » pour retourner à sa fausse existence ! « Le pays où la vie est moins cher » c’est au Leclerc, et l’on sort du « pays Leclerc » duquel tous les pays, de la Chine eu Brésil ce ne sont plus que des provinces ! Le sens des mots nous est dérobé. Si un jour, parce que les pêches n’ont plus de goût, le nom des pêches perdait lui-même sa saveur, et si un jour, parce que les herbes folles sont arrachées, nous oublions jusqu’à leur existence… Conservons nos mots, ne nous les laissons pas prendre, …Il ne faudrait pas que les feuilles (et toute autre chose) en viennent à disparaître en même temps que le nom qui les désigne…

PHOTOS de © Frédérique Soulard. Écriture du mot érigéron par Claire Hourlier.

Poésie des mots

Les plantes sont belles, et nous avons leur nom en partage entre nous, les gens (qui sommes beaux aussi !). Il y a des plantes aux noms exotiques : La nigelle de Damas (quelle jolie fleur légère et quelle délicate graine à mettre sur le pain, la véronique de Perse (la plus grande des véronique), la luzerne d’Arabie (trop jolie avec son petit point noir sur la feuille)…. Il y en a certaines qui sont dans une ménagerie animale : La vipérine qui pique un peu et qui déploie de façon gracieuse ses fleurs (L’inflorescence est une grappe de cymes unipares scorpioïdes – On n’est pas là pour rigoler surtout avec les scorpioïdes!), l’épervière (je crois que c’est aussi la piloselle : elle est poilue), l’ail des ours (je ne sais pas si les ours en mangent… mais nous, si !), le pissenlit dent de lion (il parait qu’il y en a partout sur la terre), la gueule de loup ou grand muflier (de la famille des scrofulariacées – que je vous mime à l’instant en faisant une grimace appropriée – mais vous n’êtes pas face à moi pour le voir), le Plantain corne de cerf (qui résiste au piétinement) ! La poésie du monde est là, et nous en faisons partie.Je suis admirative de cette triangulaire entre la beauté du monde, celle des yeux qui l’observent (les nôtres) et cette recréation de toutes choses par le nom qu’on leur donne et qui nous met en relation avec le monde ainsi qu’avec les autres.

C’est comme ça que j’ai inventé ce concept de Belles de Bitume, grâce aux noms : au delà d’une histoire de pédagogie c’est une histoire de beauté où les mots « potamot nageant » et « ruine de Rome » furent mes guides !
Des noms pareils, ça donne envie d’être inventif ! Est-ce clair (comme le jour naissant) OU faut-il que je le dise avec d’autres mots (des qui existent ou d’autres que nous inventerions ensemble) ?