BAL Boîte à lettres

Sur toutes les boites à lettres en bas à droite sur le côté il y a la DATE de naissance de la dite boîte qui fut fabriquée à NANTES. Dans votre quartier, votre ville, en voyage, observez les bien. Certaines sont nées la même année que vous. Elles sont, par cette date reliées à l’histoire de chacun et à l’histoire du monde. Elles disparaissent rapidement : la poste les supprime. Je les observe depuis 25 ans. Je les photographie depuis dix ans ! J’en ai une belle collection.

BAL Boites à lettres26 février 2015 

Ces photos c’est mon amie Véronique qui les a prises à Sorloc, Mesquer. La boite à lettres date de 1956.
EN 1956, L’hiver est particulièrement rude dans le sud de la France, on mesure des températures allant jusqu’à −30 °C. Seul un tiers des oliviers survivront ; la plupart des moulins à huile ferment. C’est la première photo de cette page face book BAL Boites à Lettres et c’est l’année de ma naissance.

J’ai ouvert il y a 6 ans la page FB : « BAL Boites à lettres ». Allez y faire un tour ! Si vous voulez participer… observez, prenez vos photos … et après nous les publierons !

Le diplôme d’herboriste de Grand-Mère

© Frédérique Soulard

Grand mère avait obtenu son diplôme d’herboriste le 24 juillet 1939.
En 1941, le régime de Pétain, supprimait le diplôme d’herboriste et créait l’ordre des pharmaciens et celui des médecins.
La société de l’époque croyait en la grande avancée de la science, voulait en finir avec le passé, en finir avec dame nature qui avait toujours harcelé l’homme de ses caprices.
J’ai appris depuis, que la médecine étant toujours du côté du pouvoir, ce diplôme d’herboriste avait été créé en 1778, chapeauté par les apothicaires, afin que le « pouvoir » contrôle les pratiques médicales. Avant tous ces diplômes il y avait les guérisseuses, les rebouteux, les sourciers et les sorcières, les chamanes… Ils et elles sont encore là, mais la sécurité sociale les ignore et le pouvoir les… les quoi au fait ? Les brûle ?

Les simples (ces plantes qui soignent) faisaient partie de la vie quotidienne et ces herboristes combinaient souvent deux commerces : herboristes/droguistes, herboristes/quincailliers, herboristes/parfumeurs.
C’était ce double commerce d’herboriste/parfumeur que tenaient nos grands parents.
Au 30 de la Rue Léon Jamin à Nantes, grand père organisait une vitrine de tissus de doublure brillants pour présenter à ses clientes parfums et maquillages. Tout le long du grand couloir, les tiroirs de bois exhalaient le parfum des plantes. L’époque était au travail et outre les poudres de riz dont ces dames tamponnaient leurs pommettes pour en atténuer la brillance, nos grands-parents avaient ajouté à leur commerce, la pesée des bébés, celle des clients ainsi que les gaines et les soutiens-gorge que grand-mère faisait essayer à ses clientes dans l’arrière boutique. Les bonbons au miel et aux bourgeons de pin étaient enfermés dans les hauts bocaux de métal un peu rouillés à l’entrée du petit couloir avec d’autres éléments de la vie quotidienne qui allaient du peigne miracle avec lames de rasoir incorporées pour tailler les cheveux, aux sparadraps pour les cors aux pieds en passant par la gomme arabique ou l’acide citrique.

Les herboristes ont créé un syndicat. Ils ont essayé de sauver le diplôme. Je me souviens, de moi, petite fille, participant à l’un des repas organisé au restaurant par le syndicat des herboristes où ces commerçants de l’ouest se retrouvaient une fois par an pour partager un bar au beurre blanc.
Grand mère, comme les autres herboristes, a continué d’exercer. Peu à peu les herboristes ont pris leur retraite et les herboristeries ont fermé. Même grand-père a été fatigué de travailler mais grand-mère, une des dernières herboristes de France, a quand même continué à travailler dans sa boutique jusqu’à ses 84 ans (fin des années 1990) avec une, puis deux, puis trois de ses petites filles et puis avec sa belle fille. Une affaire de femmes !… Même si notre cousin Laurent est parfois venu nous soutenir…

 

Dans l’herboristerie de grand-mère

Les plantes médicinales c’est quoi ? C’est la poésie des tiroirs.
Ce sont les mêmes plantes qui soignent et qui parfument, qui calment et qui colorent…
Lorsqu’il a envie de savoir, le client demande et c’est avec plaisir qu’on ouvre les tiroirs les uns après les autres juste pour lui montrer…, lui montrer des fleurs, des feuilles, des tiges, des racines, des semences dont chacune a sa couleur, sa texture, son odeur : le vert sombre et bleuté de l’aspérule dont la délicate feuille séchée bruisse contre ma main en laissant s’échapper une odeur de foin ; la transparence jaune du tilleul, la vivacité éclatante jaune orangé des fleurs de souci,…

Il y a ici de quoi se soigner, de quoi se laver les cheveux (je me souviens de la mode du bois de panama puis de l’arrivée du ghassoul), de quoi épicer ses plats avec des mélanges faits au magasin (je les réduisais en poudre dans un moulin à café – les poudres d’épices étaient fraîches !), de quoi faire des teintures, de quoi faire des caillebottes (vous connaissez la recette du lait pris avec la chardonette que l’on mangeait au dessert ?),…
Une tisane pour le soir au goût facile et dont l’odeur plaira à tous, c’est la verveine !
Une tisane au goût fleuri mais presque transparent, au parfum de lumière, c’est le tilleul !
Une tisane qui “décoiffe”, notre mélange « longue vie » aux parfums exotiques !

C’est une magie de mots : du plus savant, le nom latin, aux plus « populaires ». Et il y en a des noms populaires ! Chaque région a nommé la plante, comme on nomme un enfant, lui attribuant un nom imagé et évocateur, un nom qui ressemble à la plante, comme si la plante avait commencé par se nommer elle même !
Le cierge de notre dame, la bourse à pasteur, la monnaie du pape, l’amour en cage, l’herbe à robert, la ballote puante,…

Tout mélangé et tout mêlé, la vie, la maladie, les petits et les grands plaisirs !
de quoi épicer la vie et y reprendre goût un peu plus loin que la maladie

« Mais dites-moi, est-ce que tout peut se soigner par les plantes médicinales ? Comment soigner nos maux, nos doutes, nos aveuglements, nos croyances ? Est-ce que les simples et leurs couleurs, leurs odeurs leurs principes actifs et leurs noms soignent ?
Je ne sais pas.
Ce que je sais, c’est que lorsque je rencontre des gens qui ont connu l’herboristerie, ils en parlent tous avec un sourire aux lèvres.