Le diplôme d’herboriste de Grand-Mère

© Frédérique Soulard

Grand mère avait obtenu son diplôme d’herboriste le 24 juillet 1939.
En 1941, le régime de Pétain, supprimait le diplôme d’herboriste et créait l’ordre des pharmaciens et celui des médecins.
La société de l’époque croyait en la grande avancée de la science, voulait en finir avec le passé, en finir avec dame nature qui avait toujours harcelé l’homme de ses caprices.
J’ai appris depuis, que la médecine étant toujours du côté du pouvoir, ce diplôme d’herboriste avait été créé en 1778, chapeauté par les apothicaires, afin que le « pouvoir » contrôle les pratiques médicales. Avant tous ces diplômes il y avait les guérisseuses, les rebouteux, les sourciers et les sorcières, les chamanes… Ils et elles sont encore là, mais la sécurité sociale les ignore et le pouvoir les… les quoi au fait ? Les brûle ?

Les simples (ces plantes qui soignent) faisaient partie de la vie quotidienne et ces herboristes combinaient souvent deux commerces : herboristes/droguistes, herboristes/quincailliers, herboristes/parfumeurs.
C’était ce double commerce d’herboriste/parfumeur que tenaient nos grands parents.
Au 30 de la Rue Léon Jamin à Nantes, grand père organisait une vitrine de tissus de doublure brillants pour présenter à ses clientes parfums et maquillages. Tout le long du grand couloir, les tiroirs de bois exhalaient le parfum des plantes. L’époque était au travail et outre les poudres de riz dont ces dames tamponnaient leurs pommettes pour en atténuer la brillance, nos grands-parents avaient ajouté à leur commerce, la pesée des bébés, celle des clients ainsi que les gaines et les soutiens-gorge que grand-mère faisait essayer à ses clientes dans l’arrière boutique. Les bonbons au miel et aux bourgeons de pin étaient enfermés dans les hauts bocaux de métal un peu rouillés à l’entrée du petit couloir avec d’autres éléments de la vie quotidienne qui allaient du peigne miracle avec lames de rasoir incorporées pour tailler les cheveux, aux sparadraps pour les cors aux pieds en passant par la gomme arabique ou l’acide citrique.

Les herboristes ont créé un syndicat. Ils ont essayé de sauver le diplôme. Je me souviens, de moi, petite fille, participant à l’un des repas organisé au restaurant par le syndicat des herboristes où ces commerçants de l’ouest se retrouvaient une fois par an pour partager un bar au beurre blanc.
Grand mère, comme les autres herboristes, a continué d’exercer. Peu à peu les herboristes ont pris leur retraite et les herboristeries ont fermé. Même grand-père a été fatigué de travailler mais grand-mère, une des dernières herboristes de France, a quand même continué à travailler dans sa boutique jusqu’à ses 84 ans (fin des années 1990) avec une, puis deux, puis trois de ses petites filles et puis avec sa belle fille. Une affaire de femmes !… Même si notre cousin Laurent est parfois venu nous soutenir…

 

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